Histoire

Situé tout près du fleuve Saint-Laurent, à Saint-Jean, sur l’Île d’Orléans, le Manoir Mauvide-Genest fut construit en deux temps entre 1734 et 1752. Au début, Jean Mauvide construisit une solide maison carrée sur le terrain donné par son beau-père Charles Genest. Plus tard, fort de ses succès en affaires, il agrandit ce bâtiment pour faire de sa résidence une imposante structure en pierre qui reflète bien ses activités et son rôle de seigneur. C’est fort probablement le soutien de son beau-père combiné à la fertilité des terres de l’île et la proximité du fleuve qui ont permis à Jean Mauvide de faire construire des navires et de rendre florissante ses entreprises commerciales.
Au plan architectural, le Manoir Mauvide-Genest est le témoin des grandes tendances architecturales du XVIIIe siècle: la pierre de son carré, son toit à croupes, son volume imposant, 7500 pieds carrés sur 4 étages, en font un exemple rare des manoirs seigneuriaux construits en milieu rural. Par ses structures initiales inchangées et érigées à l’époque de Louis XV, le bâtiment actuel offre une juste image de l’ancien manoir et illustre abondamment le mode de vie aisé de ses habitants.
Il est intéressant de noter que la propriété du Manoir s’est transmise par la lignée féminine, Jean Mauvide et Marie-Anne Genest ayant eu deux fils sans descendant masculin. Une des filles du couple, Marie-Anne Mauvide épousa René-Amable Durocher qui devient à son tour seigneur en titre. Plus tard, une autre Marie-Anne Genest épousa François-Marc Turcotte. C’est un des héritiers de cette famille qui vendit le Manoir au juge J. Camille Pouliot en 1926. La grand-mère du juge Pouliot se prénommait d’ailleurs Marie-Angélique Genest. Pour cette raison, le juge Pouliot donna au Manoir le nom de Mauvide-Genest.
Le Manoir était alors en très piteux état. Le juge qui l’utilisait comme résidence d’été décida alors de le rénover en collaboration avec l’architecte Lorenzo Auger. En fait, le juge a littéralement sauvé le Manoir de la ruine. Pour l’usage de sa famille et de ses invités, il ajouta une cuisine en annexe et une petite chapelle pour ses fils prêtres.
Une citation tirée d’un des ouvrages du Juge Pouliot, écrivain à ses heures, témoigne de son état d’esprit lors de l’achat du Manoir :
«En pénétrant dans cette maison, en touchant de la main ses murs, d’une toise d’épaisseur, lézardés jadis par les obus, en parcourant de la cave au grenier, les diverses pièces d’aspect sévère qui la constituent, on éprouve je ne sais quelle émotion, à la fois douce et profonde, qui tient de l’admiration et provoque un élan de reconnaissance envers les ancêtres.»
Cependant, un mal sournois rongeait le bâtiment : la pourriture de certaines composantes en bois soumises à des décennies d’intempéries et d’infiltrations. Les rénovations qui s’annonçaient étaient beaucoup trop dispendieuses pour un particulier. C’est la raison pour laquelle le propriétaire, Antoine Pouliot, petit-fils du juge, vend le Manoir à un organisme à but non-lucratif, la Société de développement de la Seigneurie Mauvide-Genest.
La Société entreprend en 1999 une deuxième entreprise de sauvetage. Les administrateurs s’impliquent et réussissent à associer les gouvernements du Québec et du Canada afin de rénover le Manoir de fond en comble. Il faut dire qu’en 1971, le Manoir a été classé bien culturel par le gouvernement du Québec. La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a reconnu en 1993 sa haute valeur historique et architecturale.
C’est donc entièrement rénové, que le Manoir ouvre ses portes au grand public en 2001. Les autorités confèrent alors au Manoir une nouvelle vocation, soit l’interprétation de son époque et de son rôle historique. Le Manoir Mauvide-Genest, véritable musée en raison de son âge vénérable, devient ainsi un centre d’interprétation unique en Amérique du Nord dont la mission consiste à faire découvrir le système seigneurial tel qu’on l’appliquait au Canada, avant la Conquête en 1763.
Et comme il n’y a pas d’histoire sans histoire, le Manoir continue de forger la sienne au fil des ans en fonction de l’intérêt que manifestent les visiteurs et des nombreuses questions qu’ils posent. Il n’en tient donc qu’à nous tous maintenant de participer à sa pérennité afin que le Manoir Mauvide-Genest connaisse un essor exceptionnel au cours du XXIe siècle.
Un chirurgien devenu seigneur

Jean Mauvide, un jeune chirurgien français né à Tour en 1701, s’installe à l’Île d’Orléans dès son arrivée en Nouvelle-France en 1721. Il s’éprend de Marie-Anne Genest, qu’il épouse en 1733. Le père de Marie-Anne, habitant prospère de Saint-Jean donne le terrain où ils érigent une première maison en 1734. L’histoire du couple Mauvide-Genest se caractérise par la réussite. En plus de soigner les malades, Jean Mauvide s’adonne au commerce, il s’intéresse également à la construction des routes et se charge de la gestion des quatre moulins de l’Île. En 1752, il se porte acquéreur de la moitié ouest de l’île d’Orléans et devient ainsi seigneur. C’est alors qu’il entreprend de transformer la résidence familiale en un splendide manoir tel qu’on peut le voir aujourd’hui.